La traduction [2]

Ce matin au réveil, après ces longs mois d’attente, je découvre un mail de mon traducteur contenant un chapitre. Je le laisse au chaud dans la boîte, je me dis : je vais écrire mes billets, me promener, rédiger mon dossier de promotion… enfin la curiosité (et la procrastination sur mon dossier de promo) l’emporte, je clique, j’ouvre, je retrouve ce titre et ce sous-titre cliché qui me déplaît… à changer me dis-je. Puis

puis ensuite j’ai des larmes plein les yeux

je saute les paragraphes, je cherche ce qui compte – il y aura des bricoles à remettre en place bien sûr, mais – comme tout sonne juste, ça coule à grands flots de mots qui portent, qui me portent

C’est, me dis-je confusément, alors que je me dis trop de choses, c’est comme si j’assistais au renouveau de mon livre, à sa création, à sa re-création, par d’autres mains, qui m’ont apprise, qui m’ont comprise, qui ont pris tout ce qui comptait pour le transmuter

C’est écrit comme je l’aurais écrit si j’avais su parler anglais.

Je me dis aussi : cet été torride, long, infâme, sans âme apparente, c’était cette attente-là

et c’est merveilleux, c’est luxueux, c’est merveilleux.

Plus tard, j’essaie de l’expliquer à mon éditeur – qui me parle alors de double pages possibles dans les médias, dans Nature, de ses autres auteurs traduits, du fait que le livre peut se vendre, de chiffres… Comme en décembre 2024 avant la sortie du livre, il y a, dans le couple infernal, une évidente dissonance d’objectifs.

Through the sunny garden
The humming bees are still;
The fir climbs the heather,
The heather climbs the hill.

The low clouds have riven
A little rift through.
The hill climbs to heaven,
Far away and blue.

— Chillingham I, Mary Elisabeth Coleridge, 1907

Son : Oliver Davis, Chillingham, for Soprano, Piano and String Ensemble: I. First Movement, interprété par Grace Davidson, Emma Heathcote, Kerenza Peacock, Katherine Jenkinson, Oliver Davis, n Liberty, 2018. Sur le poème lumineux de Mary Elizabeth Coleridge.

Hésiode, Les Travaux et les Jours, Ed. 1539, Publ. 700 av. JC.

La traduction [1]

Inquiète de ne pas avoir de nouvelles du traducteur de la version anglaise de mon livre, je m’enquiers… il me répond qu’il a eu une opération des yeux, des poignets… mais qu’il y travaille. Pour la japoniaise en moi qui m’attache aux signes, ça me semble être de mauvaise augure.

Je n’étais pas ravie de la première version, des premières pages envoyées. L’anglais me semblait technique, sophistiqué, pas fluide, calqué au français avec la poétique perdue au profit d’une grammaire non naturelle. Alors que justement l’anglais permet cette simplicité, la poésie du son, une rythmique chantée.

Cet écart me plonge dans des réflexions étriquées sur la traduction : l’émotion de savoir qu’un être humain est en train de décortiquer chaque mot, chaque phrase que j’ai alignée –et qui semble avoir compris mon message et mon intention, mon élan, si ce n’est l’importance du phrasé. Et en même temps le besoin de faire le deuil d’une traduction juste, car chaque langue véhicule un ressenti différent.

Quand mon éditeur (-aux-yeux-bleus) me dit qu’il ne faut pas hésiter à expliquer ce qui ne va pas, à proposer de modifier, de travailler les phrases, je pleure de soulagement.1 2

Par visio, j’explique donc à mon éditrice et mon traducteur américains, que je suis prête au deuil, alors donnez-moi du Brautigan et prenez la liberté de jouer avec l’anglais. Il accueillent mes remarques avec effusion américaine –cette grande validation qui permet de s’exprimer sincèrement par la suite–, donnant tous les signes qu’ils ont compris la théorie… mais on ne sait jamais. C’était en mars dernier.

Ce matin au réveil, après de longs mois d’attente, je découvre un mail de mon traducteur contenant un chapitre.

  1. Étant cérébralement trop handicapée pour lire des textes légaux, je n’ai toujours pas bien compris que j’ai un droit de parole sur une œuvre dont la propriété intellectuelle est mienne. ↩︎
  2. D’autre part, lorsqu’il s’agit du monde de l’édition, je me vêtis comme la femme-standard, d’une triple couche de « Sois douce et ne fais pas de bruit ». C’est l’autre qui doit être content, tiens. ↩︎

Son : Oliver Davis, Sonar, for Violin, Piano and Strings, interprété par Kerenza Peacock, Huw Watkins, Paul Bateman, Royal Philharmonic Orchestra, in Liberty, 2018

Le Harley Trilingual Psalter, en grec, latin et arabe, produit pour Roger II de Sicile (1095–1154) (British Library, London).

Cruel Summer: Movies & Board Games

La canicule n’a pas dégelé le recrutement des CDD au CNRS. Chaleur, chaleur, à la recherche d’air climatisé, je voulais prouver à C. (qui n’a rien demandé) et au monde que je suis aussi capable de culture ; j’ai entraîné mes garçons dans tous les musées de Paris, à voir mes films fétiches au nom rafraîchissant : Sueurs froides, Mon oncle, Amélie Poulain. Et puis Jim Jarmush, la fille au manteau et au pantalon trop grands dans une Amérique du non sens. Je n’ai pas dit longtemps, à personne y compris à moi-même, que la décision de disqualification de notre dossier de jouvence de coupole m’a mis un sale coup. J’avais rassemblé toutes les cartes : finances, études, personnes, et là je découvre que je n’ai pas le droit de jouer. Je n’aime pas perdre et je n’aime pas cette période nécessaire d’inaction apparente, où l’on observe la suite dans l’incertitude et l’on avance d’autres pions. Le CNRS a inventé d’autres jeux de plateau : une fusion d’instituts en plein été, en pleine canicule, de cette façon les cerveaux ramollis fusionneront naturellement. Lee Miller, Rousseau, les expos s’enchaînent dans la poussière, la chaleur, les sandales et les cafés glacés. On dirait que je veux cocher ma check-list pour touristes américains. De tous horizons, les touristes en troupeaux sous la tour Eiffel, et les ponts au couchant soufflés par un dragon embrasé. Je me nourris un peu boulimique, c’est vrai, et je me nourris de cette façon étrange, étrangère à l’écriture. Vu Lee Miller sans fixer de mots dans les bains d’ammoniaque de mon cerveau, vu Jim Jarmush en postillonnant in situ l’implacable Amérique, sans chercher à lever le noir et blanc de lignes ici. Un vécu différent comme s’il se consommait sur place dans l’immédiateté orale. Nous sommes à la préhistoire, les traditions orales, et règne dans la caverne un chaos tel que je suis incapable d’en faire sens. C’est un été cruel aux pyromanies et âges de glace en interne et en externe —a Song of Ice & Fire ; d’une façon sacrificielle ou d’une autre, il faudra retourner dans l’Histoire. Écrire.

So cut the headlights, summer’s a knife
I’m always waiting for you just to cut to the bone
Devils roll the dice, angels roll their eyes
And if I bleed, you’ll be the last to know

— Taylor Swift, Cruel Summer, in Lover, 2019

Son : Taylor Swift, Cruel Summer, in Lover, 2019. [À écouter sans prétention et sans modération ; Taylor Swift, 29 ans alors, fait vibrer les passions estivales de jeunesse, cette époque maudite et bénie, où on était (encore plus) paumés, « where you’re yearning for something that you don’t quite have yet, it’s just right there, and you just, like, can’t reach it, » dit-elle.]

Paris, juillet 2026

L’aventure éditoriale [continued]

Passablement hérissée, toujours, par la couverture de mon livre – cette image de synthèse sur fond noir étoilé, du Science & Vie en à peine plus travaillé… est-ce vraiment ce cliché de l’espace que méritait mon texte ?

« Moi j’ai rien fait, c’est le graphiste, » claironne mon éditeur-sur-la-défensive… avant de me seriner que je n’avais qu’à pas accepter, et que c’est moi qui avais initialement proposé un splash coloré. (J’avais envoyé des tâches d’aquarelle sur papier canson.) Les divergences de sensibilité et d’interaction, c’est un peu comme quand on atteint le point Godwin : il n’y a plus d’argumentation possible.

L’éditrice américaine, pour la traduction anglaise de mon livre, a une approche différente : robe fluide, trench, jolie, menue et appétit d’oiseau, cherchant à dérouler mes fils par petites touches. À la brasserie, étrangement, elle me déverse sa crise de couple dans sa quarantaine, et nous échangeons sur l’écriture, les formats, la place qu’on peut prendre dans la société avec nos mots.

Plus tard, elle me propose d’écrire un des volets de sa nouvelle série, illustrée de gravures semi-vintages. « Parfois, c’est en travaillant sur un projet contraint qu’on trouve l’inspiration sur un autre plus libre. » Je lui réponds évasivement que je vais y réfléchir.

Je sais cependant que c’est surtout une question de courage et de discipline. Cette dernière année, je me suis vautrée dans du bruit stérile, sans corps, sans retour, c’est si facile et addictif de perdre de l’énergie et du temps dans de la bouillie. Plus compliqué de regarder en face les limites de ce qu’on veut créer, être, et les dépasser.

Son : Caravan Palace, Charles X, About You, in Chronologic, 2019

Les nouvelles billes de K., juin 2026

Quai de la Gare

C. et V. au bistrot à Quai de la Gare, face à la Seine et sous les cahots du métro aérien, à discuter jury de concours, pulsars, interférométrie et spectre de rayons cosmiques – elle a les cheveux roses, et toujours une sorte de défiance mêlée d’un embrassement. Il ne change pas. Il me parle toujours comme si je comprenais tout, et avec une considération quasi-inconditionnelle. Entre eux aussi, cette considération. Ils ne changent pas. On dirait le frère et la sœur, c’est ce genre d’affection ; mais entre nous trois aussi, le lien familial thésitif. C’est un peu comme dans le chapitre de mon livre, me dis-je beaucoup plus tard, quand ils ont chacun pris leur train vers les antipodes maritimes de la France.

Je rejoins mon éditeur qui sort de l’auditorium du Monde, et me guide entre les longues passerelles de bois de la BnF. Il y a plus de dix ans, je longeais ce quai aphone, sur la sellette de mon écriture, j’allais le voir chez Flammarion – mais il n’était qu’un éditeur de sciences et il ne savait que faire du roman que j’avais déposé dans le couffin de ses doigts. Il fait beau, les étudiants font du pilates sur les planches, le vent passe comme si c’était la mer, et il faudra revenir pour l’expo sur les Cartes imaginaires.

L. m’attend chez Nosso, et nous sommes entre l’or, le vert d’eau et profond, sur une dégustation que nous faisons durer comme la conversation. Elle dit que pour ne pas pleurer, le chat préconise de coller la langue au palais. Et bien d’autres choses, mais comme on dîne, on ne colle pas la langue sur le palais.

Son : Barbara, Le mal de vivre, in Le mal de vivre, 1965

Croquis de l’esplanade de la BnF, 1990 © Dominique Perrault Architecte

je n’ai rien écrit ces dernières semaines comme si ça n’avait plus d’importance
ce train de bord de Loire qui m’emmène à Blois, colombes et colombages, poutres sculptées, pierres et tapis tissés, les ponts aux entrées doubles qui se lèvent dans la nuit, gravé nos empreintes en surplomb de l’eau, tourtes et tourterelles
les portes lourdes de l’Histoire de France
le libraire a vendu tous les exemplaires de mon livre

rien écrit ces dernières semaines
la reconstitution des âmes et des neurones j’ai parlé à Céline et puis on m’a validée
V était douce, savait toujours faire et dire exactement ce qu’elle devait faire et dire
pour avancer le labo et mon cerveau
alors les choses se sont emboîtées justes
au Meurice
Francis
Jean C
et K dans mon bureau
j’ai parlé à ces gens et c’était bien
c’était reparti
Paul m’a éblouie à la journée des thèses

alors j’ai rassemblé 80 k€ et j’ai référé un papier, monté des dossiers écrit deux argumentaires de promotion d’agents
je me suis remise à penser
à penser
alors je me suis remise à croire et à penser et à espérer et aussi à faire et c’était le cercle vertueux des choses qui retombent dans leur juste place, et moi aussi reprendre ma place

Son : Peter Gregson, Party 4u, in Portraits (Popular Songs for Cello), 2026

Paris Ve Jardin Des Plantes Oisellerie
Audubon 1st Ed. Octavo Pl. 283 Ground Dove (Tourterelles), Original hand-colored lithograph, circa 1840

La volière 2026

Au Festival du Livre : foule sonore et cuite sous serre, mon Éditeur courait d’une scène d’interview à son stand de sciences, et moi j’essayais d’avoir l’air inspirée devant le journaliste du Figaro – quarantaine, cheveux, barbe hipster, très sympathique, dont la famille est de gauche mais il voulait écrire pour son grand-père qui lisait ledit Figaro.

Chez Creamy devant une glace hojicha, j’ai appelé O. qui m’a expliqué que s’il n’y avait pas assez de toilettes au Festival, il suffisait de pisser dans une bouteille – avant d’embrayer sur le million d’euros de coût de déploiement en Argentine, et la chouette impression que nous ont fait les collègues ingénieurs de l’observatoire de Nançay, avec des designs d’antennes-parapluies de six mètres.

Au Régina, sous les boiseries, avec du foie gras et de la configure d’agrumes, il était question de carnets.

La volière, avril 2026

La nostalgia del neutrinos

Dans le vol entre San Juan et Buenos Aires, Fe. et moi avons envie de dormir, mais encore plus envie de bavarder. Je creuse un peu, je perçois des fissures, je m’y engouffre.

Sa relation avec son ex-femme, ses enfants, la puissance certaine de la paternité. « Est-ce que ce sont des valeurs transmise par tes parents ? » je demande. Et lui : « J’ai une histoire non linéaire. »
Son père, il l’a vu deux ou trois fois. Sa mère s’était remise en couple avec un journaliste. Mais c’était encore la dictature militaire. « Un jour, on s’est tous faits kidnapper. On m’a relâché avec mes frères le lendemain. Ma mère est sortie au bout d’une semaine. Son ami n’est jamais réapparu. J’avais deux ans, mais c’était assez traumatique pour que je m’en rappelle encore – par flashs. Ma mère est alors devenue journaliste elle-même, s’est mise à enquêter. Ensuite, on a dû fuir en Italie. Jusqu’en 1985 on a vécu à Rome, c’est là que j’ai commencé l’école. »

« Ma mère nous a toujours appris à ne dépendre de rien. Vivre et traverser toutes ces épreuves, ça l’a forcément sculptée. »

Il m’esquisse les années 80 à aujourd’hui en Argentine, les procès avortés, les grâces ignobles, les condamnations, les généraux morts en prison. La recherche des bébés volés et élevés par les familles de militaires, les identités retrouvées, l’analyse ADN des os. Et ce que Milei en fait aujourd’hui. « Nous sommes encore assez forts en tant que société pour pouvoir résister à ses provocations terribles. Mais jusqu’à quand ? »

À Buenos Aires, je vais au carrousel à bagages, lui vers son immense maison héritée de sa grand-mère. Nous nous embrassons comme des argentins et un peu plus. Je lui ai parlé de la Nostagia de la Luz :
« Cette conversation, c’est à ça qu’elle me fait penser – c’est au Chili, certes, mais…
— Tu peux raconter les mêmes histoires partout en Amérique latine, il confirme.
— Tu vois, la façon dont nous regardons le ciel dans des déserts pendant que les femmes cherchent les corps de leurs disparus, pendant que le monde court vers une forme inconnue de pensées et d’objectifs, nous, nous voulons comprendre ce qui éclate dans l’Univers, et nous pansons comme nous pouvons le sable blessé. »

Ensuite j’ai passé quasiment huit heures à l’Aeroparque Jorge Newberry de Buenos Aires, à manger des alfajores et à boire du mauvais café, seule. Au moment d’embarquer, je ne l’étais plus – seule. Le jour a fini par former les bons contours, j’ai dormi comme une masse jusqu’à Saõ Paulo.

En el mundo habrá un lugar
Para cada despertar
Un jardín de pan y de poesía

Porque puestos a soñar
Fácil es imaginar
Esta humanidad en armonía

— Gotan Project, Diferente, in Lunático, 2006

Son : Gotan Project, Diferente, in Lunático, 2006

Vers Iglesia, San Juan, mars 2026

Loud

Je prends le volant et les routes filent à 150 km/h droites longues immenses, sans interaction, comme si nous étions des neutrinos cosmiques. Une ligne jaune sur le bitume qui s’accorde aux couleurs du monde. Les Andes culminent à plus de 6000 mètres autour, mais les vallées sont si larges que ciel écrase le champ de vue.

À la lumière descendante, je prends aussi les pistes cabossées creusées dans le sable. Javi montre le chemin, nous suivons son pick up comme des petites tortues de terre. Le cercueil déployé, les mesures sur spectromètre, et F. fait voler son drone le long du grand mur du Site 1.

Il y a des falaises effrayantes et puis dans l’autre vallée, des mamelles plus douces aux pierres noires chauffées, comme dans le Gobi. La structure des roches, la granularité du sable, la déclinaison des teintes, les pentes et les végétations, la métamorphose suit le kilométrage. À l’arrière des voitures, les valises sont ensevelies dans la poussière.

Jachal, Huaco, Rodeo, Iglesia, Tocota, Calingasta, Barreal.

P. et moi fendons des avocats avec les ongles et dégustons leur graisse verte. Les ingénieurs du labo de O. ont un petit côté Daltons, et les miens, P. et F., ont un petit côté gamins tout fous avec leurs jouets et leurs explorations. Et c’est bien, cette complémentarité, je répète à O. et aux argentins qui nous ont rejoints.

Sur la banquette arrière, à chaque nouveau bout de relief, j’essaie de mettre des mots ensemble – un exercice de description. Mais je sèche, évaporée, anesthésiée ? Non, cela se meut, il faudrait tendre vers l’aplanissement, l’état d’esprit quand les choses étaient justes.

L. m’écrivait au premier jour : « Le désert, ça lave et ça ferme sa gueule. » S’il savait comme le désert bavasse cette fois-ci, le nombre incompressible de gens et les mouches dans ma tête ; même lorsqu’on emballe l’oscilloscope dans du papier aluminium, ça continue de bruisser.

Son : Gotan Project, Época, in La revencha del tango, 2001

La procession au cercueil d’enfant, vers Iglesia, San Juan, Argentine, mars 2026
Vers Calingasta, San Juan, Argentina, mars 2026

Six heures du matin au-dessus de l’Atacama

Au-dessus de l’Atacama, prise de rougeoiement et de picotement
à l’aube qui point après une nuit turbulente
les cristaux de glace ont fleuri mon hublot
el lugar más seco de la tierra

F., à quelques rangées de moi, écrit sur le chat : « Dormi par intermittence, passant d’une position devenue inconfortable à une autre qui subit le même sort… »

L. m’envoie l’en-tête d’un contrat avec P.O.L. je m’imagine à sa place, en suis presque jalouse. je pense au monde et à la bascule qui s’opère, que « nous ressentons même à notre toute petite échelle, » énonçait V., belle avec de petites rides le long de ses yeux clairs, elle avait retiré ses lunettes au cours de l’entretien, peut-être un peu coquette

Je pense au monde que porte la poésie de L. et ce que nous portons en partance vers San Juan, Argentina, les boys et moi, un désir de s’amuser ? de goûter à l’Univers, sur la langue déposés les cristaux de neutrinos aux saveurs tau-iques ?

j’ouvre mes notes –
il n’y a que dans l’écriture que je peux encore être juste, dans cette discipline ciselée de mots, il n’y a que dans cette solitude exacte que je peux chercher, réorienter l’axe de ma vie, ne pas me perdre en des latéralités, des insécurités, des questions qui n’ont lieu d’être que dans un quotidien
qui n’a de sens que dans les paradigmes passés
dans un monde 20e siècle
il faut tendre sa direction au-delà des aspérités, loin dans la courbure du temps, de l’Histoire

surtout [pourquoi avais-je oublié ?] : il faut toujours être transatlantique

Son : José Miguel Miranda, José Miguel Tobar, Miranda y Tobar, Nostalgia de la Luz | Telescopio, in Nostalgia de la Luz Banda Sonora Original, 2012