De Folkestone, nous prenons les routes qui longent la mer ou les haies : Wye, Rye, Hythe, Chilham. Je ne crois pas qu’il soit possible de faire plus délicieusement désuet que la campagne anglaise ; de village en village se déploient les cimetières en semi-jachère, les chaumières basses et étroites, les faisans et les ruines d’abbayes ou de forteresse médiévale. C’est aussi pourtant, le havre des coffee shops aux machines espresso dernier cri, qu’il faut alterner avec les salons de cream tea, scones et clotted cream. Les deux tempêtes, Austen et Boelo viennent arracher les arbres et tremper nos os sous les imperméables. Les moutons, indemnes, broutent sous les déluges. Les œufs sont bleus, bruns, et les citrouilles de tous motifs. Dans la bibliothèque du Airbnb, il y a Bouvier, Kerouac, Plath et Asimov, et les plantes vertes descendent jusque dans la grande baignoire.
Au Devil’s Kneading Trough, j’écoute Ralph Vaughan Williams sous un grand chêne avec A., un écouteur chacun dans l’oreille, alors que P. et K. sont allés nous chercher la voiture dans la pluie.
C’est cela qui éclaircit le temps. Le violon de Hilary Hahn à l’alouette montante. Je gardais l’angoisse sous cloche, la cloche du Bell Jar, je me disais : il y a un bout à ce tunnel-là, c’est plus important de vivre ce tunnel-là que d’autres interminables, qui ne dépendent pas de moi.
Et finalement, j’ai bifurqué, de nouveau je ne sais plus tellement quel bois, quelle tempête, quel goéland ou alouette, quel tunnel. En sortant de sous la Manche, sur l’autoroute vers Paris, j’ai fait des transparents pour une présentation sur Francis Halzen en écoutant des podcasts pour enfant racontés par mon coach. On est rentré, je me suis glissée dans la nuit.
Son : Ralph Vaughan Williams, The Lark Ascending, interprété par Hilary Hahn, London Symphony Orchestra, dir. Sir Colin Davis, 2004









