Charade normande [2]

Son : Lili Boulanger, D’un matin de printemps, 1918, Orchestre De Picardie, Arie Van Beek, 2020

Audrey H. et Jean-Louis étaient partis en Normandie justement pour mener l’enquête. Jean-Louis avait huit ans, des joues, et lisait L’aiguille creuse. Audrey H. était enseignante-chercheuse en minéralogie à Sorbonne Université, spécialisée dans la formation des diamants mantéliques, les inclusions vitreuses, fluides et minérales –whatever it means.

Juste avant les vacances de Pâques, son ami Nicolas B., écrivain-voyageur de renom avec qui elle entretenait une relation géologico-épistolaire –whatever it means–, lui avait envoyé cette dépêche sortie dans la gazette locale : « Mystérieuse disparition du joyau de Yport ». Un diamant bleu de collection dont elle n’avait jamais entendu parler qui refaisait soudainement surface, ça l’avait évidemment intriguée.

En fouillant dans les archives en ligne, il apparaissait que Jean-Baptiste Feuilloley, premier maire d’Yport, avait un homonyme né à Saint Jouin à la même époque. Cela sentait la double identité et méritait investigation.

Audrey H. et Jean-Louis partirent un dimanche matin de bonne heure, glaner des informations l’air de rien dans les marchés locaux. À Harfleur, ils trouvèrent de la gelée de coing et du cidre, et le vieux couple de fermiers leur expliqua que les poules avaient été attaquées par le renard.

À Octeville-sur-Mer, les fraises de Jumièges avaient toutes été vendues, et une petite frise fleurie ornait la villa près de l’église. Encore une église Saint Martin, bricolée par l’Histoire depuis le XIIIème siècle, qui luisait en son cœur d’une lueur de verre verte.

Comme c’était l’heure de déjeuner, ils s’installèrent sur la plage industrieuse de Saint Jouin Bruneval, pour manger des tranches d’andouilles, des pommes et des petits navets frais. Ils remontèrent ensuite au village, garèrent la Coccinelle devant un vieux rade silex-brique fraîchement retapé et parfumé de glycine, firent un tour de l’église fermée, du Clos des Fées en ruines fantômatiques, et n’ayant croisé âme qui vive, mirent cap vers Yport, pour y prendre leurs quartiers.

Maurice Leblanc, schéma des 7 abbayes, dans La Comtesse de Cagliostro, Gallica, journal Le Journal, du 10 décembre 1923 au 30 janvier 1924