Son : Ernest Chausson, La tempête Op. 18, II. Air de danse, Jose Serebrier, RTBF Symphony Orchestra, 1985
La disparition avait eu lieu à Yport. Un collier de rubis encerclant un diamant bleu, pièce qui aurait appartenu à la princesse Mathilde de Normandie – selon la légende chantée par les pêcheurs, aussi romantiques qu’anachroniques1.
Pendant quelques années, il était resté enfermé sous une dalle dans la petite église Saint Martin, entre les flaques de vitraux et les ex-voto de trois-mâts minutieusement reconstitués par l’Association des Marins Reconnaissants. Puis, en 1850, sous l’impulsion du premier maire de la ville, Jean-Baptiste Feuilloley, féru de romans-feuilletons qui faisaient alors fureur, le trésor avait secrètement été transporté dans la tour de l’horloge du relai de Poste. Tour à la verticalité hasardeuse qui donnait à tout le village, jusqu’à la mer, un air penché.

Le siècle était passé en laissant peu de traces sur les façades d’Yport, la zébrure des silex et des briques, les maisons mitoyennes hautes et étroites, seul le front de mer avait été quelque peu bétonné, mais la baraque à frites et le marchand de crêpes rayés de bleu préservaient une ambiance balnéaire familiale.
Sur cette même plage à galets, un soir de demi-lune embrumée, au niveau de la falaise de droite, sur la jetée, il s’était créé un trou dans l’Univers. Si l’on n’avait pas été physicien, on aurait pu croire à un phénomène surnaturel : les embruns et le ressac s’étaient rejoints en une silhouette fluide, qui avait furtivement remonté la ruelle jusqu’à la Tour, l’avaient enlacée jusqu’au sommet, avant de s’engouffrer entre les lames des volets. Au matin : pffuit ! Le coffre bien fermé et pourtant, le collier béant parmi les rubis intacts : le diamant bleu avait disparu.

- Le diamant bleu le plus ancien connu a été rapporté d’Inde en 1666 par un marchand français, Jean-Baptiste Tavernier. Mathilde de Flandres, duchesse de Normandie et épouse de Guillaume le Conquérant, a vécu six siècles plus tôt. ↩︎