Pour parler d’autre chose que de mon nombril et de chats : j’ai écouté le nouvel album de Taylor Swift.
Musicalement, c’est pire que d’habitude, avant même d’écouter une seule chanson, on les a déjà toutes entendues…1
J’avais été bluffée par l’album précédent, dont le titre – étonnant pour un tube de showgirl –, promettait ce qui m’intéresse dans la création : The Tortured Poets Department. Torturé, poétique : la promesse était tenue, infusant même dans la musique. On avait un album étonnant, sophistiqué, quasi indie, intimiste, comme des billets esquissés avec la juste distance pour dire les chemins tortueux de la vie et de l’esprit.
The Life of a Showgirl est un album pop, clair et lisse. La démarche pourtant est intéressante : « This album is about what was going on behind the scenes in my inner life during this [Eras] tour, which was so exuberant and electric and vibrant, » explique Taylor Swift, amoureuse et fiancée, dans une interview. J’aime l’idée que l’on compose un album au succès planétaire comme une suite de morceaux croqués d’une phase de sa vie.
Chez Taylor Swift, il y a toujours cet art du story-telling et une recherche poétique intelligente. Ce nouvel album n’y déroge pas complètement, mais je le trouve (trop) léger pour être réellement attachant/intéressant. Dans les grands journaux, les critiques interrogent : être amoureuse et heureuse n’est peut-être pas propice à la création qualitative ? J’avoue m’être fait la même réflexion.
Le bonheur, lorsqu’il est commun et implacable, demande un ciselage extrême pour le tailler aux facettes de l’art. La joie d’être mère, la joie simple d’être amoureuse et en couple, toutes les joies éculées s’aplatissent et aplatissent la création. Je me souviens de la lutte et de l’appauvrissement inéluctable des mots dans les débuts de mon couple avec P., et après la naissance de mes enfants.
L’art, disais-je à un ami cher, ce n’est intéressant que s’il y a des couches infinies sous celle effleurée, que si le lecteur, l’auditeur, le spectateur se retrouve sans crier gare attrapé, à l’intérieur même de l’œuvre, à la créer. Et pour insuffler des dimensions viscérales à une phase aussi éculée que celle de l’amour glamour et installé, il me semble qu’il fallait aller un peu plus loin que dans l’évidence de chansons pop entraînantes.
Son : en voici une malgré tout qui a un côté sale derrière le strass – et c’est ça qui est bon : Taylor Swift, Sabrina Carpenter, The Life of a Showgirl, in The Life of a Showgirl, 2025
Her name was Kitty
Made her money being pretty and witty
They gave her the keys to this city
Then they said she didn’t do it legitlyI bought a ticket
She’s dancing in her garters and fishnets
Fifty in the cast, zero missteps
Looking back, I guess it was kismetI waited by the stage door, packed in with the autograph hounds
Barking her name, then glowing like the end of a cigarette, wow, she came out
I said, « You’re living my dream »
Then she said to me« Hey, thank you for the lovely bouquet
You’re sweeter than a peach
But you don’t know the life of a showgirl, babe
And you’re never, ever gonnaWait, the more you play, the more that you pay
You’re softer than a kitten, so
You don’t know the life of a showgirl, babe
And you’re never gonna wanna »
— Taylor Swift, The Life of a Showgirl, 2025
- Y compris les chansons des autres, comme les accords étranges et entêtants de Where is My Mind des Pixies dans Actually Romantic. ↩︎
