Chicago Dissection – Part III

Lorsque les sens se noient dans la bouillie cérébrale, heureusement, il reste le squelette bienvenu des mots. Voici en quelques points la dissection d’un état estival post-frénésie. Le feuilleton dégoulinant de l’été.

Il y a A., blonde et bouclée, cheveux et lèvres serrés, la voix qui ne tremble pas mais presque, chemisier et taches de rousseur, qui dit : « Et j’ai suivi les instructions RH à la lettre, pas d’empathie, pas pardon, je l’ai regardée dans les yeux, j’ai dit les mots, vous êtes licenciée, et on a dû lui répéter plusieurs fois parce qu’elle ne comprenait pas l’anglais. But I’m fine. It’s okay. » Et l’autre, plus grande, blonde aussi, qui lui répond : « Est-ce qu’on revient de ça ? Est-ce qu’on se retrouve ? » Moi je suggère, d’une voix plus douce : « Le fait que ça t’affecte tant, c’est précieux. Ça veut dire que tu es toujours toi-même. Ce serait plus simple, bien sûr, de passer à un stade où ça ne t’affecte plus… Mais est-ce qu’on a envie de ça ? » A. pousse un soupir : « Dans ces moments-là, je pense à Andromeda. Elle a dû faire ça des dizaines de fois. Mais comment ? Il doit y avoir un moyen. »

Jeudi soir, croisière dînatoire de conférence sur le lac Michigan – Chicago s’est parée d’un coucher de soleil dramatique. Accoudées sur le pont, nous regardons toutes les deux les lumières se refléter sur les tours du South Loop où elle habitait avant.

Je dis : « J’avais peur, au moment de prendre l’avion, de venir ici. Chicago sans Andromeda, ce n’est plus tellement Chicago. »

Et A. de m’avouer que depuis qu’Andromeda a pris son nouveau poste, elle ne reçoit plus aucune réponse à ses messages, même urgents. Je souris : « Mais ça veut dire que tu gères toute seule, tu n’as plus besoin d’elle. » Puis : viens, faisons un selfie pour elle !

J’envoie à Andromeda nos sourires de fortes-amères sur fond de flammes : In Chicago and missing you SO much. Et immédiatement sa réponse : In Hong Kong and missing you both!

Chicago, depuis le lac Michigan, juin 2024

Ce n’est que bien plus tard, une fois rentrée, que les choses ont enfin pris leur sens. Qui saura que cette semaine a été la culmination de tout, une puissance, une clôture ? Il y quinze ans Andromeda m’a prise sous son aile à Chicago. J’en suis partie, mais sans partir. Toujours je suis revenue à Chicago me ressourcer, prendre son conseil et confiance avec un verre de vin et des bricoles brésiliennes.

Ce printemps, c’est Andromeda qui est partie prendre de la hauteur à New York. Et elle s’est arrêtée sur sa route chez moi, en Pennsylvanie.

Une ère se termine et une autre commence. Tout ce que j’ai fait, tout ce que j’ai été cette semaine-là à Chicago, c’est Andromeda qui me l’a appris. A., moi, d’autres, nous prenons son relai à travers le monde.

Au moment de cette réalisation, je pleure longtemps à grands sanglots. P. me dit : « Mais c’est bien. » Oui, c’est bien. C’est bien, mais c’est terrifiant, c’est terrifiant de perdre ses repères, de devenir soi-même un repère, c’est terrifiant de devoir prendre ce relai-la, d’être la personne qui donne et non plus celle qui reçoit. De se rendre compte qu’on est en train soi-même de former la relève.

Son : Sufjan Stevens, Chicago, in Come on feel the Illinoise, 2005

Chicago Dissection – Part I

Lorsque les sens se noient dans la bouillie cérébrale, heureusement, il reste le squelette bienvenu des mots. Voici en quelques points la dissection d’un état estival post-frénésie. Le feuilleton dégoulinant de l’été.

Il y a celle à la carrure grande et forte qui me raconte comment un ministre l’a appelée « Madame » tout en donnant du « Docteur » à son collègue. L’autre qui m’explique qu’elle avait mis du temps à accepter de bien s’habiller car elle avait peur que les hommes ne la voient plus comme une expérimentatrice. Elle me montre ses talons taupe : « Mais j’ai toujours dans mon bureau une paire de sneakers sales pour aller dans mon lab. » Je déballe à mon tour ce moment mémorable où un chercheur « bienveillant » m’a demandé comment j’allais gérer mon stress, à la présentation de mon projet de direction.

Et puis, dans la chaleur abêtissante, sur les bancs de bois du Plein Air Café, j’écoute longtemps une jeune doctorante aux cheveux longs qui dit : « Je ne comprends pas pourquoi, dès que j’ouvre la bouche, il me fait comprendre que c’est nul, et dès que c’est mon camarade, c’est toujours super. C’est comme ça depuis des mois, je n’en peux plus. »

Plus tard, me faire crier dessus dans les rues sombres du Loop par le directeur de thèse en question, à qui j’expose la chose – avec trop peu de tact et de stratégie. Encaisser, écouter, garder mon calme, et faire tourner mon cerveau très vite pour sortir de ce non-sens émotionnel qu’on m’inflige.

Je crois que c’est tout cela qui m’a terrassée, cette violence et cette solitude infinie – la solitude d’être celle à qui on s’accroche, celle responsable de l’âme de la collaboration G., celle qui doit tenir et être irréprochable dans un monde dur et biaisé.

Son : Clara Ysé, Pyromanes, in Oceano Nox, 2023

Joan Miró, Miró’s Chicago (titre original : The Sun, the Moon and One Star), 1981, caché entre le Cook County Administration Building et le Chicago Temple Building. Juin 2024

Magnifique Hilary

Quand je retrouve le concerto pour violon de Sibelius au détour d’un entretien sur France Musique avec Hilary Hahn, c’est une triple sensation de retour dans des bras chers, un embrassement qui va à l’embrasement. J’aime dans Hilary Hahn cette intelligence fougueuse et gracieuse. On la sent terriblement cérébrale, mais avec cette amplitude culturelle et une sensibilité parfaitement dosée. Avec elle, on peut se laisser emmener dans des tréfonds musicaux et ré-émerger nourrie, pleine d’allant, mais les pieds sur terre. C’est ça bien sûr qu’il faut viser dans la vie – ces dernières semaines, je me suis perdue dans les petitesses et les insécurités, il faut pourtant toujours être dans l’aventure et la grande humanité, retrouver quelque part la certitude et l’éternelle motion.

Son : Jean Sibelius, Concerto pour violon, Op. 47 : III. Allegro, ma non tanto, interprété par Hilary Hahn et le Swedish Radio Symphony Orchestra, dirigé par Dieu, pardon, Esa-Pekka Salonen. Et j’adore le commentaire si nature de Hilary Hahn sur ce mouvement « C’est fun, c’est si rock. »

Hilary Hahn interprétant Sibelius, au CSO, 2019

Chiant à mourir

J’écris à mon éditeur [qui fait le mort, il doit boucler urgemment un livre sur la physique olympique, me dit-il, et je me retiens de lui répondre : je ne comprends pas tes priorités] : « Voilà, il me reste juste le final, et avant de m’y attaquer, je vais d’abord prendre un moment pour resserrer les boulons sur l’ensemble. »

Religieusement, j’imprime mes pages sur l’imprimante de l’université [j’espère que les étudiants qui paient des frais faramineux me pardonneront cet abus]. Religieusement, je récupère le paquet de feuilles, et je trouve avec une petite émotion, que ça fait de la masse. Religieusement, je m’installe sur l’îlot de bois de ma cuisine, un crayon bien taillé entre les doigts. J’entame le texte en me disant qu’il faut être détachée et critique.

Et c’est l’horreur intégrale. C’est tellement ennuyeux que je n’arrive même pas à me relire. Mais qui va lire ces tartines techniques et dégoulinantes ? J’ai toujours trouvé les livres de vulgarisation chiants à mourir. Je me rappelle pourquoi j’avais toujours refusé d’en écrire un. Mais mon Dieu je suis en train d’en terminer un. Quelle pollution pour la littérature, pour les rayons de librairies, pour les collections de cette maison d’édition ! Il faut me rendre à l’évidence : je suis en train d’écrire un livre chiant à mourir.

Note 1 : Est-ce que ça me met à un rang proche de Proust ?
Note 2 : Est-ce que Proust est en train de se retourner dans sa tombe de l’insultante comparaison ?
Note 3 : Est-ce que des gens vont lire la partie scientifique chiantissime en se disant, comme moi à l’adolescence, quand je lisais et ne comprenais rien à Stephen Hawking, « hmm hmm je me sens très intelligent en lisant ce truc chiant » ?
Note 4 : Est-ce que Hawking est en train de se retourner dans sa tombe de l’insultante comparaison ?

Philippe Geluck, dans « Geluck pète les plombs », 2018

Une philosophie de vie

Longtemps, je n’avais rien à dire, je ne comprenais rien, tout était embrumé, je n’étais qu’impostrice dans une toute petite fenêtre, et toute cette insécurité me fermait à la science qui n’était pas mon propre jardinet, que je faisais semblant de mépriser, c’était plus facile. Que s’est-il passé ? J’ai travaillé avec des gens de tous horizons, j’ai décidé de sortir de cette zone de confort, de faire de la radio, d’aller dans les déserts visser des boulons et lire des oscilloscopes, j’ai décidé d’encadrer des étudiants merveilleux sur des sujets aventureux que je ne maîtrisais pas, j’ai joué avec les données G., O., inlassablement, a répondu à mes questions stupides, j’ai passé un an et demi à écrire ce livre, et j’aime tellement le fait que ma fenêtre sur la science, sur la vie, s’ouvre toujours un peu plus grand.

Et cela me fait apprécier encore plus l’étendue vertigineuse de mes méconnaissances, être impressionnée de cette cathédrale de la science qui se fait de la combinaison de tant d’artisanats, tant d’expertises, de tous azimuts. C’est heureux d’avoir une petite place dans cette Humanité-là. Ce métier, ce n’est pas un métier. C’est une philosophie de vie.

Kashiwanoha, Japon, avril 2024

Les boulons impossibles à resserrer

En sortant du onsen, le cerveau vide, à attendre tranquillement que O. sorte du côté hommes, je découvrais ces lignes de Gracq, dans Lettrines. Plus tard, le dernier dimanche, sur le chemin de l’aéroport, je m’étais arrêtée à Hamariku-koen, et j’avais pris un matcha accompagné d’une sucrerie pour relire ces mêmes lignes – et le reste des pages aussi, d’ailleurs [Merci, J.].

Comme un organisme, un roman vit d’échanges multipliés : c’est le propos d’un des personnages qui fait descendre le crépuscule et la fraîcheur d’une matinée qui rend soudain l’héroïne digne d’amour. Et comme toute œuvre d’art, il vit d’une entrée en résonance universelle — son secret est la création d’un milieu homogène, d’un éther romanesque où baignent gens et choses et qui transmet les vibrations dans tous les sens.

— Julien Gracq, Lettrines, 1967

Quand je suis revenue et que j’ai vu mes chapitres 12 puis 9 se déposer comme des ailes qui se referment dans un bruissement et une herméticité parfaits, je repensais à ces lignes. Je disais à P. : « Il va falloir resserrer tous les boulons sur l’ensemble, car c’est exactement ce que je voudrais faire : que chaque mot, chaque phrase résonne avec le reste, que tout soit là pour une raison. Et l’iceberg précieux dans tout cela, c’est qu’il ne faut pas que ça se voie. Il faut que ça ait l’air de rien, qu’on ne remarque aucune des coutures, des boulons, que tout ait l’air d’un tenant sans qu’on ne s’y arrête. Il faut que les efforts soient invisibles. C’est ça, la force, la beauté, la puissance. »

Ensuite, je relis quelques bribes de mes premiers chapitres et je rigole de moi-même. Bien sûr, il y a trop de coutures, de boulons, de grossièreté pour que je n’arrive jamais à quelque chose d’aussi rond. Genre, « je vais faire comme Julien Gracq ». Mais LOL.

Hamariku-koen, Tokyo, avril 2024

Les nuits et les aubes d’écriture

Le chapitre 12, je l’ai écrit en deux traites : la première dans les quatorze heures d’avion de NYC vers Tokyo. La deuxième, à peine revenue en Pennsylvanie, au cours d’une nuit blanche, le décalage horaire aidant. Le premier jet était une trame assez sèche, et la nuit blanche y a dessiné tous les contours qui comptent. J’ai pu déposer la nourriture récente, tout ce qui avait compté les deux semaines qui précédaient.

J’écrivais pour moi-même en début de semaine : « C’est ça, qu’il faudrait que j’arrive à faire dans ce chapitre 9, à trouver ce que je voudrais faire vibrer. Ce qui importe et me nourrit dans le moment, et qui est intimement lié à la recherche. » Car ce chapitre 9 [celui que j’ai dû ré-écrire entièrement en prenant part à la Cancel Culture] me pourrissait la vie. Ça ne fonctionnait finalement pas ; le récit et le contexte que j’avais dessinés étaient artificiels.

Et puis j’ai fini par trouver. Je me suis rendue compte d’ailleurs que l’écriture s’accommode de tout à toute heure : dans mon canapé, mal installée, couverture en laine et ombre craquante des portes ouvertes sur les chambres des enfants, j’ai ré-écrit entièrement ce chapitre 9, deux aubes de suite, toujours décalée, à 4h du matin.

J’envoie tout le paquet à mon éditeur, j’ose lui lâcher cette bribe : « Je crois que je suis en train de voir le bout de ce truc, ça m’exalte et me terrifie. Bref. » Mon Dieu oui, je suis terrifiée… et exaltée ! J’ai trop peu dormi et l’estomac noué de cette chose qui est en train d’arriver, je ne mange plus. Tout à l’heure, en passant devant mon reflet dans la salle de bain, je découvre une femme affinée, les yeux immenses et aux pommettes rosies, comme si mon visage avait imprimé l’exaltation et s’était temporairement transmuté en celui d’une autre.

Les yeux d’Audrey Hepburn – loin de moi l’idée de me comparer à de tels yeux. Mais voilà peut-être le regard et le grain de l’aube.

C’est au tour des azalées

Je suis arrivée pleine de nœuds et d’imposture. Je repars nourrie, portée par les connexions et les perspectives. Par les appréciations réciproques de toutes ces belles personnes, la tendresse complice avec O.

Je suis arrivée et les cerisiers brillaient dans leur éclat dentelé. Je repars, les pétales ont chu, mais les buissons vert lustrés se sont parfumés et enguirlandés de bouquets blancs et magenta.

Les azalées prennent le relai du printemps.

Juste avant de prendre l’avion, cet animé en live qui se détache sur le ciel, lors d’un crochet à Hamariku-koen, Tokyo, Avril 2024

D’audace et d’enthousiasme

Mi., le directeur du laboratoire franco-japonais ici, nous montre les maquettes des détecteurs de neutrinos : Kamiokande (diamètre 19m, hauteur 16m), Super-Kamiokande (diamètre 19m, hauteur 42m), et Hyper-Kamiokande (diamètre 68m, hauteur 71m). Ces énormes cavernes creusées dans la montagne japonaise, emplies d’eau et autres liquides purs et aux parois tapissées d’ampoules ambrées iridescentes, qui collectent la lumière émise au passage de particules relativistes. C’est une incroyable prouesse technologique – O. s’exclame : quand certains disent que la détection radio autonome ne va pas fonctionner, il faudrait leur remettre ça dans la gueule. Ou bien LIGO. Aujourd’hui, les gens disent : « Mais bien sûr, les ondes gravitationnelles, leur détection était évidente, la physique est bien comprise, c’était très jalonné. » Laissez-moi rire. Quand j’ai commencé ma thèse, LIGO, c’était de la science fiction au mieux, une grosse blague au pire…

L’autre qui disait de notre projet G. : « Ils ont trois antennes, c’est nul, » n’a aucune mémoire du fait que les expériences ne tombent pas du ciel, que lorsqu’on démarre un nouveau domaine, ça commence par treize antennes, puis quatre-vingt, puis un jour, mille puis dix mille. Si Rainer Weiss s’était laissé démonter par tous les timorés, il n’aurait jamais suspendu ses miroirs au bout de trois autres poids, fait le super-vide dans des tunnels de 4 km, cherché à mesurer une déformation de distance d’un dix-millième de la taille d’un proton. Si Francis Halzen s’était laisser démonter, il n’aurait jamais construit un laboratoire en semi-lévitation au Pôle Sud puis foré 86 carottes de 2500 m de profondeur dans la glace pour construire le détecteur de neutrinos IceCube, dans des conditions plus qu’extrêmes.

On n’a jamais fait de la physique en ayant peur d’être ambitieux. En se disant que c’est trop compliqué, que c’est trop coûteux, trop dangereux, trop alambiqué. Les plus belles expériences, finalement, ce sont les plus audacieuses.

Alors, quand Mi. nous dit, de retour à son bureau : « Il est vraiment super, votre projet G. Moi je suis persuadé qu’un jour, vous serez célèbres. » je garde ça précieusement dans mon tiroir à jolies phrases et surtout à belles personnes. C’est avec ces soutiens et ces enthousiasmes-là qu’on a toujours avancé dans la science.

Photo-multiplicateurs (toutes les ampoules dorées) à l’intérieur de la cuve du détecteur de neutrinos Super-Kamiokande, 2006.

Richard in love

Richard Feynman et son Surely You’re Joking Mr Feynman, est la raison principale pour laquelle j’ai choisi d’aller à Caltech pour mon postdoc. Mais on m’a raconté de drôles d’histoires à Caltech. Et Mme C. aussi, m’a raconté bien des choses. J’étais prête à le dépeindre comme un horrible womanizer dans mon chapitre – et je me décide tout de même à re-vérifier mes sources. Je tombe sur un article de Sotheby’s qui met en vente ses lettres d’amour à sa première femme. Son premier et grand amour, décédée à 25 ans de tuberculose, alors qu’il travaillait à Los Alamos sur le projet Manhattan. Jusqu’à la fin, aveuglé malgré son amour, ou par son amour, il lui aura écrit d’être plus « gentille », d’arrêter de pleurer et de se plaindre… Ce n’est que dans son avant-dernière lettre qu’il finit par comprendre.

My Wife:
I am always too slow. I always make you miserable by not understanding soon enough. I understand now. I’ll make you happy now.

I understand at last how sick you are. I understand that this is not the time to ask you to make any effort to be less of a bother to others. It is not the time to ask any effort at all from you. It is a time to comfort you as you wish to be comforted, not as I think you should wish to be comforted. It is a time to love you in any way that you wish. Whether it be by not seeing you, or by holding your hand, or whatever. […]

I will come this week and if you don’t want to bother to see me just tell the nurse. I will understand darling, I will. I will understand everything because I know now that you are too sick to explain anything. I need no explanations. I love you, I adore you, I shall serve you without question, but with understanding.

I am sorry to have failed you, not to have provided the pillar you need to lean upon. Now, I am a man upon whom you can rely, have trust, faith, that I will not make you unhappy any longer when you are so sick. Use me as you will. I am your husband.

I adore a great and patient woman. Forgive me for my slowness to understand. I am your husband. I love you.

— Lettre de Richard Feynman à Arline Feynman, 6 juin 1945

Sa femme Arline décède dix jours plus tard. Il raconte dans ses mémoires son périple pour arriver à son chevet depuis Los Alamos, après avoir crevé sur la route je ne sais combien de fois, quelques heures à peine avant la fin. Et c’est un mois plus tard que la première bombe atomique détonne dans le Nouveau Mexique.

Ensuite, pendant seize mois, Richard continue d’écrire à sa femme morte.

C’est bien plus intéressant ainsi, que d’étiqueter quelqu’un avec un hashtag #metoo, d’explorer sa complexité, son vécu, sa vie construite dans le flot sociétal.

Richard et Arline Feynman, au sanatorium d’Albuquerque