L’aventure éditoriale [forever]

P. conclut à raison : « Probablement, être autrice, ça s’apprend. »

L’éditrice américaine m’annonce : « Le sous-titre de votre livre sera : Révéler les secrets du ciel. » Je réponds euh non, je ne crois pas. Et elle : « Vous pouvez vous mettre vos réserves au cul, » avec un sourire américain en filigrane de son mail.

L’éditrice droits-internationaux de ma maison française me sermonne : « Il faudra faire des compromis. Et puis il aurait fallu me mettre dans la boucle dès le départ. » Je me justifie et m’explique comme si j’avais des babies, chaussettes blanches et des tresses.

J’appelle à l’aide mon éditeur-aux-yeux-bleus : « Je me sens comme une merde. Je comprends rien à votre monde. »

Ensuite je vais m’asseoir devant le bureau de V., avec ses grandes plantes vertes, son ordinateur qui égrène les validations ETAMINE, et je hoquette (babies, chaussettes blanches et tresses) : « Tu comprends, c’est le croisement de mon petit orgueil de merde qui se révolte de ne pas connaître toutes les règles du jeu comme j’en ai l’habitude, et d’être face à des décisions sur lesquelles j’ai un véritable affect. »

En fin de journée, devant un macchiato, j’inflige aux yeux bleus cette analyse : dans mon travail, je cherche l’optimisation et l’efficacité, avec une argumentation objective. Je suis en train de réaliser (enfin) que pour ce qui entoure ma création, je ne dois ni optimiser ni être efficace. Je dois rechercher avant tout ce qui me correspond avec une exigence aiguë… et tout est subjectif.

Son : Aretha Franklin, Drown in My Own Tears, 1967

Banlieue Sud de Paris, juillet 2026