Dunhuang

J’essaie de comprendre cette ville dans laquelle je passe toujours en coup de vent. Grande ville de pierre, les trottoirs, les routes, tout en pierre, comme si elle ne coûtait rien – ou alors justement pour dire la richesse. Dans les hôtels, les salles de bain sont en marbre du sol au plafond – glissant comme j’ai pu en faire l’expérience à Nanjing.

Pour éviter de m’écrouler de sommeil en plein après-midi, je m’en vais arpenter le Night Market et me gaver de galettes locales fourrées à la viande et aux cives, jusqu’au point de nausée. En Chine, on dirait que tout ce qui importe finalement, c’est la bouffe. Partout ça sent la friture l’ail et le sésame, une odeur qui vous assaille dès la première inspiration, déjà à l’aéroport.

J’essaie de me rappeler et de comprendre pourquoi je suis venue à Dunhuang. Pourquoi j’étais toujours de passage et pourquoi là, soudain, je voudrais faire mienne une ville qui sera pour moi bientôt obsolète.

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L’air est poussiéreux et suspect, le calme des dernières villes, portail vers les longues routes caravanes. Calme des villes touristiques ensevelies de sable et de vieilles histoires, auxquelles on a affublé les lanternes de soie, les foulards à motifs, les couleurs coulantes.

Quand le soir tombe, le gradient de température prend la peau. Je retrouve Pf, L., Ma., T., cohorte joyeuse rassemblée du bout du monde. Quelque chose en moi reste sobre, sans vibration, mais c’est simple et naturel. Se retrouver m’est devenu une routine heureuse, comme si au bout de douze ans, dans cette collaboration, nous avions perdu la passion et étions devenus un vieux couple.

Son : Tan Dun, Yo-Yo Ma, Silkroad Ensemble, Desert Capriccio (Music from the film Crouching Tiger, Hidden Dragon), in Silk Road Journeys: When Strangers Meet…, 2002

Dunhuang, mai 2026