J’émerge de la Blue Line à Jackson, et la première chose que que vois est le Fisher Building, sans aucun doute le plus beau gratte-ciel du monde, dans sa parure ocre, ses moulures neo-gothiques : là où je me suis installée pour mon post doctorat, il y a quatorze ans.
J’avais oublié ce froid incisif, immédiatement il me mord les joues et ce qui me reste de doigts. Je me réfugie à Intelligentsia, au pied du Monadnock Building, me réchauffer avec un latte, et passer un appel stratégie avec O. Je cours déposer ma valise au Hilton, et j’y suis accueillie comme une princesse, dans un hall digne des grands films de Noël américains. Puis je saute dans un bus direction l’Université ; je suis en retard pour déjeuner avec A. Il se met à neiger.
Revenir ici, c’est prendre la mesure de tout ce que j’ai construit. J’écris à un ami cher : la dernière fois, c’était en 2015, je me battais pour faire naître mon projet G. et mon fils avait six mois. Aujourd’hui, je suis dans la Blue Line en train de suivre le monthly call de l’expérience, et des antennes prennent des données en France, en Argentine, en Chine.
Mais bien avant cela : tout s’est passé ici. Tout a pris forme ici. Et dans ce qui me mord il n’y a pas que le vent, il y a toute la joie, la douleur et la solitude qu’il y a eues, l’exponentielle de ma carrière, de ma vie. Je me suis mariée ici, j’ai décroché des postes prestigieux et mon poste permanent ici. Ici, j’ai commencé à devenir celle que je voulais être – humainement, professionnellement.
L’Amérique finit, je crois, de me rendre encore plus snob et élitiste. Le programme scolaire sans littérature, sans Histoire, sans cette veine culturelle qui court si fort en France me laisse dubitative. Comment peut-on laisser nos enfants passer à côté de ce que l’Humanité a fait de plus inutilement fondamental, de plus merveilleusement juste ? Comment peut-on se construire dans le monde actuel sans s’être fait conter les racines de notre ancienneté ?
Lorsque les petits esprits sont éteints dans leurs lits, je m’entoure de bougies, de tous les livres que je grignote, d’Earl Grey, d’alfajores qui font des miettes, je m’enveloppe de Stacey Kent et d’un plaid en laine ; et je savoure pleinement, comme rarement, d’avoir grandi dans l’élitisme français. Qu’on nous ai fait bouffer La Princesse de Clèves, Apollinaire, et des milliers de pages depuis les Pyramides jusqu’à la guerre froide.
O. au dîner l’autre soir m’a prise de court en faisant une blague sur Cassandre, puis en me sortant sa généalogie complète. Lorsque je lui lance : « La guerre de Troie n’aura pas lieu » il me répond du tac-au-tac : « Giraudoux ». Puis « Je suis en plein dans la mythologie grecque, j’adore ça, » et moi dans une surexcitation que je voile avec un ton docte idiot : « Oui, c’est d’une complexité et tellement actuel. Quand on lit ça, on voit que l’Humanité a à peine évolué. » Évidemment, O. ne sait pas que je m’appelle Electre.
En passant dans le bureau de Pa., je me suis retrouvée avec deux livres de Maxence Fermine dans les bras : « J’ai lu ces bouquins, ça m’a fait penser à toi. Pas besoin de me les rendre, je te les offre. »
J’aime l’idée que l’on pense à quelqu’un en terme de livre, de musique, d’art en général ; lorsque l’âme a débordé et que l’artiste en a fait quelque chose, que nous puissions nous y identifier ou y trouver le reflet d’êtres chers. Mais pour cet exercice-là, il faut se nourrir, encore et encore, commencer au berceau, et ne jamais s’arrêter d’absorber ce qui a été créé.
Nous roulons par forêts dénudées et par collines au vert hésitant, à dix minutes de chez nous, vers une cabane de bûcheron abritant un steak house haut de gamme. Vingt ans que nous sommes ensemble. Cela me semble presque effrayant, ce major chord cher au saxophoniste Jimmy Doyle [De Niro] – et qu’il ne trouvera pas avec Liza Minelli :
A major chord is when everything in your life works out perfectly, when you have everything you could ever possibly want. Everything.
—Martin Scorsese, New York, New York, 1977.
Nous partageons des New York strips de circonstance, suite à des huîtres avec du Riesling d’Oregon (pas à la hauteur), et nous nous disons nos quatre vérités. En vérité, c’est effrayant comme nous fonctionnons bien ensemble. Notre installation en Pennsylvanie sans un seul accroc, notre capacité à toujours tout embrasser, nos envies de géographies ou de carrières, à nous attaquer aux problèmes main dans la main, notre connaissance fine de l’autre, l’emboîtement parfait de nos complémentarités.
Je sais le danger de nous reposer sur nos lauriers et je me méfie. Comme il est rassurant, cependant, de savoir pourquoi nous voulons continuer à construire ensemble. Et lorsque nous nous regardons, il y a encore tous ces mots gravés dans nos bouts de platine.
Jeudi matin, c’est thé, café et pains au chocolat dans mon bureau avec O. et T. pour élaborer la suite du projet G. O. m’avait confié qu’il redoutait que la discussion soit compliquée. Je l’avais rassuré : mais non, T. a admirablement changé d’approche depuis nos conversations à Malargüe.
Et la discussion est formidable. Je vois la physique et les stratégies rebondir entre nos trois cerveaux, tout est complice, tout est fun. Lorsque T. sort quelques instants, O. en profite pour me lancer un regard entendu : « Ça se passe vraiment très bien, non ? — Carrément. Je te l’avais dit. »
À midi, je pars avec mon poster sur G. pour Bruxelles, parler avec des huiles. J’ai décidé de ne pas me laisse pas démonter, ni par le bazar à la gare, le retard du train, la course dans le métro bruxellois, la fatigue et les kilomètres, la déception de rater la réunion avec ma petite équipe parisienne… À la pause café, dans le bâtiment bruxellois tout en moulures, J., a priori ennemi juré du projet G., me hèle de loin comme si j’étais son amie de toujours. « Electre ! Trop content de te revoir ! C’est bien dommage, je ne reste pas dîner, parce qu’on aurait pu bien rigoler ensemble, comme à Malargüe. » Je lui retorque : « Eh mais je ne reste pas non plus, je rentre dîner à Paris parce que c’est quand même bien meilleur… » À ma grande surprise, il devient semi-sérieux : « Justement, je me disais que j’irais bien te voir à Paris pour qu’on discute ensemble autour d’un dîner. Le contenu de ces deux posters – mon projet, le tien – il faudrait en faire quelque chose ensemble. On ne peut pas continuer à travailler de façon disjointe. »
Quand je repars vers Paris, trois heures plus tard, j’ai droit à un échange parallèle des plus loufoques avec T. et sa doctorante. Ils m’écrivent depuis le RER, assis côte-à-côte, mais indépendamment, que leur TGV est annulé. Pendant que je cherche et lui propose des options, T. m’annonce que la réunion de travail de l’après-midi avec O. et l’équipe a été agréable et productive. Sa doctorante me tartine son excitation : « C’était un super meeting, et je suis tellement contente de ma thèse, de mon projet, de cette ambiance, des perspectives ! » Il y a quelque chose chez elle qui me soulève de joie – je la remercie, mais je n’ai pas le temps de broder.
J’ai des soucis de mon côté : mon train pour Paris est annulé. Le suivant me fera arriver en retard au dîner d’équipe. J’appelle O. pour le prévenir, et son ressenti de la réunion finit par boucler l’ensemble : « Je ne sais pas ce qui s’est passé à Malargüe, mais là, ça n’a plus rien à voir. Le meeting s’est super bien passé, dynamique très positive, on a bien avancé. Et je le sens vraiment bien pour la suite ! »
J’attends le prochain train sur le quai de Bruxelles-Midi. Il fait froid, je suis dans un état second, de manque de sommeil, d’overdose de kilomètres, du flux chatoyant des conversations et des informations. Que s’est-il passé à Malargüe ? Est-ce que j’y ai touché une singularité et changé le cours du temps ? Est-ce que j’ai modifié des branchements, fait circuler des courants différents ? Est-ce que j’ai transformé tout le monde en pierre et n’est-il qu’une question de temps avant qu’ils ne se réveillent de leur enchantement ? Je n’ai probablement rien à voir dans l’histoire, et ce sont les idées nouvelles que nous avons brassées avec O. qui ont pris graine, ainsi que, surtout, le fruit du travail de toute la collaboration que nous récoltons.
Mais je trouve le concept si joli : en novembre 2023, à Malargüe, la magie a opéré pour nous réunir dans cet effort commun, pour que plus tard nous soyons prêts ensemble à détecter des neutrinos de ultra-haute énergie.
Je ne sais pas si j’arrêterai un jour de me sentir ridiculement privilégiée à chaque fois que je grimpe les marches de pierres et pousse la porte de mon laboratoire d’astrophysique. Lorsqu’on a rêvé si fort d’en faire partie et qu’on a eu mal à différents endroits pour en arriver là, le sentiment d’irréalité subsiste encore, plusieurs décennies plus tard.
En comparaison, pousser la porte de ma maison d’édition est une aventure nouvelle, qui me fait légitimement retenir mon souffle à chaque incursion. Dans le hall d’entrée, les portraits des grands auteurs m’observent, peu rassurants. Je demande mon éditeur à l’accueil et attends qu’il descende me secourir avec ses yeux très bleus.
Pour meubler ce moment, je me rends aux toilettes : minuscules toilettes n’accommodant qu’une seule personne, avec un sas-lave-mains. Au moment où je pousse la porte, surgit une femme. Regard dur, rouge à lèvres carmin et longue natte noire dans le dos, une sorte de Mercredi en mode cinquantenaire. Elle est surprise, moyennement ravie de se trouver nez-à-nez avec moi dans cet endroit exigu et privé. Je marmonne : « Pardon… » et la laisse sortir. Une série de couvertures et de titres s’imposent et défilent immédiatement dans l’avant-plan de mon cerveau : La métaphysique des tubes, Stupeurs et tremblements…
Quel meilleur endroit que les toilettes pour croiser Amélie Nothomb ?
Je lui avais proposé : « Retrouvons-nous sur la tombe du physicien qui a théorisé la force fictive, qui est, avec les rayons cosmiques, un ingrédient moteur de la dynamo galactique. »
C’est un jour parisien froid et blanc. Je l’entends arriver, ses pas sans hâte, presque hésitants, sur les feuilles humides. J’étais alors assise sur la stèle voisine, les doigts gelés sur mon laptop, en train de terminer mes transparents pour le grand oral de mon projet devant le laboratoire.
Les quinze heures suivantes sont suspendues, quelque part entre la science et la vie. Le temps de parler particules, la nuit est tombée, transformant mon bureau en un havre de bois doré ; dans la pénombre, nous nous faufilons dans les murs imposants de l’Observatoire, dans la salle Cassini qui égrène le temps.
Vers une heure du matin, nous quittons l’Ile Saint-Louis, et j’avise sur notre gauche le quai de la Tournelle. J’y ai passé plusieurs nuits ces derniers temps, à regarder en boucle la plus belle scène de l’histoire du cinéma. Je l’entraîne : « Viens, descendons là ! » Le quai a exactement la lumière du film : l’or, le cuivre ; et Paris nous entoure, noire et élégante, Notre-Dame brille dans ses échafaudages. Sur cette plateforme de danse, lisse et régulière, dans ses pierres orangées – je monologue, transportée, bien emmitouflée dans mes bottes, mes bas en cachemire, mon manteau cintré, les mains brûlantes. Je raconte la scène : Goldie Hawn en apesanteur, Woody Allen dans sa maladresse touchante, la perfection, et comment là-dessus je viens greffer la description du moment angulaire, du mécanisme d’accrétion et d’éjection, et que mon éditeur m’a dit que ça fonctionnait… Je parle, je parle, et un moment, je m’arrête, parce que je m’aperçois que tout s’est arrêté.
A. m’interjecte, la curiosité fusant de tous ses yeux et ses lèvres : « Et ensuite ?? — Mais ensuite rien. Enfin, si, tout. Mais pas comme il se passerait entre deux êtres lambda. Simplement ce moment parfait, magique. »
Ma soeur rit : « Pfff… ta vie, c’est vraiment un film ! » L. me dit tendrement : « Ta vie est un roman, ma chérie. » Je leur réponds que oui, tellement, et j’aimerais que ça ne s’arrête jamais.
Denfert-Rochereau aux pavés vides et irréguliers, Paris grise et froide à la sortie du RER Dans le hall d’entrée de mon laboratoire, le parfum assaillant de grands bouquets de lys – et autres restes d’une conférence terminée L’odeur de vieux bois de mon bureau, ressortir mes tasses et mes stylos, les poser à leur place Le déroulé lent et parfait du papier glacé de mon poster A0 au moment de l’impression Arrivée à la maison, pousser la porte d’entrée, dés-enclencher l’alarme, recevoir dans les mêmes bras la chaleur et le parfum de chez nous Un message qui parle de gants pour se protéger les mains, de sang, et de place dans mon « monde fascinant » Les fils d’amies, de ma soeur, lunairement en phase Lorsque la journée se déroule et parvient à son bout sans accroc, accompagnée de douceurs Déposer ces mots. M’écraser sans réfléchir dans le sommeil.
Le château d’Arendelle, in Frozen, Walt Disney Studios Motion Pictures, 2013
Newark. À la porte d’embarquement, avec mon mauvais café, cherchant poussivement à préparer les transparents pour le grand oral de mon projet G. devant le laboratoire, j’essaie sans succès de trouver une musique saine à brancher dans mes oreilles. Tout me retourne. La tête entre les mains, je me demande : « Mon Dieu mais qu’est-ce que je fais encore ? » Qu’est-ce que je fais de ma vie et de celle des gens que je croise ? Combien de fois faudra-t-il que je fasse n’importe quoi pour comprendre qu’il faut être neutrino (faible section efficace) et non rayon cosmique (grande section efficace) ? Qu’il faut laisser les gens dans leur vie, arrêter de répondre à leurs cœurs tendus, sonder, tirer les fils, touiller, toucher, croire que c’est fabuleux pour eux comme pour moi, alors que toujours ça se termine en carnage ! J’assure que je suis fidèle dans mes amitiés et j’aime croire que c’est vrai – j’ai gardé tous ces horcruxes une fois apaisés, et cela s’est continué en de belles interactions. Chacune de ces histoires, chacune de ces personnes m’est chère, a une place très particulière, et j’essaie, au moment de la reconnexion, d’être toute à eux. Je voudrais tellement croire que je peux me diviser en une infinité et sautiller d’une résonance à une autre. Mais eux ? Quand on vient me chercher et que je finis par leur faire faire le tour du Domaine : les arbres tordus, la grande plaine scintillante, le château du romanesque, les tours de mots enfilés comme des étoiles à neutrons, le time lapse des journées à deux cent mille à l’heure, et le lac sans fond des réflexions étriquées… je crois que ça les fascine et les perturbe à la fois – comme moi. Et on ne peut pas me suivre dans cette folie-là. Certains ont claqué la porte, certains se sont arraché les mains sur les ronces, toujours ça a saigné, que ce soit chez moi ou chez les autres. Il n’y a que P. qui sait les grilles de ce Domaine mais qui ne fait que contempler de l’extérieur, il n’y rentre pas. O. ne sait pas et c’est heureux. J’ai peur du sang sur mes mains, du sang chez les autres, de tout briser, leur âme, la mienne. Et pourtant je continue, comme si les mots et les phrases étaient mon oxygène, comme si les vibrations étaient mon eau, comme si j’allais étouffer si je n’étouffais pas d’émotions. Je voudrais dire à tous ceux que je blesse dans le périple : Pardon. Mais ça ne suffira pas.
Tim Burton, Charlie and the Chocolate Factory, 2005
Je m’émerveille encore de l’étrangeté de la vie. Malargüe, le vent et le sable, puis NYC avec la promenade déphasée dans Memory Lane, ensuite N. m’écrit : « I awfully need to talk to you, » alors nous conduisons chacune deux heures un lundi après-midi pour nous retrouver à mi-chemin au milieu de nulle part en Pennsylvanie, dans la ville-chocolat Hershey, déserte et décorée pour Noël, dans un café qui ressemble à la hutte du Père Noël – seul havre de lumière et de chaleur au cœur de l’irréel. Elle m’a à peine embrassée qu’elle me lance : « Depuis que je t’ai retrouvée, c’est le bazar dans ma tête ! Et ton truc de la crise de la quarantaine, en fait ce n’est pas cool du tout ! » Écho intéressant à cet autre ami cher qui m’écrivait il y a quelques jours : « Avec toi, je me mets à brasser toutes ces pensées et idées qui se trouvaient dans mon subconscient mais sur lesquelles je ne m’arrêtais pas avant… » Je réponds, un peu penaude : « Sorry. I don’t know what’s wrong with me. I seem to do this to people. »
Je pensais à nos conversations avec L. et à toutes les connexions survenues cette année sur cette veine-là. Est-ce que, d’une certaine façon, je catalyse quelque chose dans mes interactions ? Nous sommes tous à la même phase de notre vie, là où les nœuds se défont et se nouent, là où nous avons assez vécu, assez grandi pour revisiter le passé d’un regard neuf, envisager le futur d’un pas différent. Évidemment, ce n’est pas moi qui déclenche ces tourbillons – un peu d’humilité, tout de même ! Tout simplement, je suis de passage et les doigts ouverts pour saisir les morceaux d’âmes qu’on me tend, proposer les miens en retour. Et c’est merveilleux.
Au retour, je roule dans la nuit, j’ai 200,000 pensées à la minute, 200,000 mots à écrire, je songe à la réunion visio de ce matin à quatre, O., T., S. et moi, la pertinence de la discussion, la douce connexion humaine qui baignait le moment. La perspective de penser les étapes suivantes de G. avec ces trois-là – cette nouvelle vibration.
Je roule, et il se met à neiger, les flocons filent vers le pare-brise, éclairés par les phares.
C’est incroyable, vraiment, la sérendipité de la vie.
Tout est juste. Le grondement des trains sur Manhattan Bridge, la lumière de fin du jour qui tombe sur la verticalité de la ville, les flots de voiture et leurs phares comme les guirlandes le long du bras de mer.
Dès la sortie du métro à Manhattan, il faisait gris, froid, la foule et la densité minérale, la saleté des rues et les errances de gens bizarres, le bruissement montant et descendant de la ville, les touches de Noël comme des niches de féerie et d’irréel, c’était parfait. J’ai dit aux enfants : c’est exactement ça, New York, et ils avaient de grands yeux prêts à tout boire, des petits pieds prêts à marcher des heures sans se plaindre. J’étais dans cette euphorie contagieuse, et la journée a été un miracle, du début (en meeting dans les toilettes) à la fin (à écrire dans les toilettes).
Il y avait entre P. et moi une résonance scintillante, celle de ces grandes villes au bras desquelles nous nous sommes construits, main dans la main, écharpes contre écharpes, notre amour commun pour le froid citadin, les ficelles de lumières courant les journées courtes, nous nous regardions et savions que nous ressentions ce même appel. Nous savions très bien que, comme Chicago, comme Londres, comme Paris, New York est une ville qui ne se visite pas, mais qui se vit. Mon cerveau, toujours en quête de frénésie et de nouveaux rêves semi-idiots, saute sur le challenge et commence à y réfléchir…