Il faut être le plus possible dans la transparence, mais parfois la transparence ne fonctionne pas. Les gens s’inventent une histoire simple et fausse pour donner sens à une situation trop complexe qu’ils ne peuvent appréhender. Alors, il faut la remplacer par une autre histoire, pas complètement vraie non plus, mais dont tu contrôles le narratif.
Je réponds : ces gens sont intelligents, ce sont des scientifiques… Et puis immédiatement me reviennent les déconvenues, le tracé pour aller de A à B qui doit passer par X, Y, Z, et aussi par G, H, K, durer trois mois, six réunions, et bercé du sentiment d’importance et d’être acteur. Comme les gens se sont rabattus sur l’histoire simple et fausse, qui a été clamée – les clameurs ont clamé, les moutons et l’herbe se sont tus. Le collectif était endommagé.
Fabuler, c’est vivre et réciproquement, écrivait en substance Nancy Huston, dans L’Espèce fabulatrice. Mais soudain le processus prend une autre dimension, il devient un outil, avec un objectif analytique. Nous ne sommes plus dans un jeu d’écriture, ni de vie personnelle, nous sommes politique.
Je pensais à Thomas More, à Electre vs Egisthe, au Cardinal de Richelieu. À ce que cela coûte de diriger, i.e., de prendre la responsabilité d’avancer pour un collectif. L’absolu n’est pas forcément là où on l’a inscrit ; parfois #FaireCeQuIlFaut, c’est d’aller à contre-courant de ses petites valeurs, pour une valeur plus grande. Mais à partir de quand se perd-on et devient-on obscure à soi-même ?
